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Bientôt le soir demain dimanche 14 février

   Il n’est guère facile de regarder dans le brouillard, ni même dans la nuit. Nos yeux ne sont pas habitués à l’obscurité et confondent alors souvent les couleurs et les nuances de gris. Et alors aux problèmes de surdité, s’ajoutent celles de la vue, pour ne plus rien comprendre à notre monde, ni plus rien percevoir de sa beauté.
   Il faut que la lumière brille alors. D’une clarté étincelante et non frelatée. Une lumière, pareille à celle qui fit éclater les ténèbres au premier matin du monde. Si Jésus se présente à deux reprises dans l’évangile de Jean comme la Lumière du monde, c’est peut-être pour nous rappeler de quelle manière sa personne rejoint l’essentiel qui fonde nos vies humaines et la vie sur la terre tout simplement.


   “Je suis la lumière du Monde”, dit Jésus,  « Celui qui me suit aura la lumière de la vie et ne marchera plus jamais dans l’obscurité !” Jésus ouvre les feux ce jour-là dans le temple de Jérusalem. (Jean 8,12)  Il vient de sauver et relever la femme adultère qu’une cohorte de pharisiens voulaient lapider. Rappelez-vous ! Il ne s’en était trouvé aucun ce jour-là qui n’avait jamais péché, et Jésus n’en avait autorisé aucun à jeter la première pierre. Aveuglés par leur propre orgueil spirituel, les délateurs ont été désarmés par celui qui venait ainsi mettre en lumière leurs états d’âme bien obscurcis.

   Et la suite de ce chapitre 8 se poursuit avec un dialogue serré entre Jésus et les pharisiens d’alors. Un échange musclé qui ne fait pas dans la dentelle. Jésus est sévère et pointe du doigt l’aveuglement des juifs, ainsi que la turpitude de leurs cœurs, qui les font si souvent se complaire dans l’obscurantisme, confondant bientôt liberté et manipulations mensongères.    

   “Je suis la lumière du monde” répétera Jésus au chapitre suivant (9,5) à l’homme aveugle de naissance. Cet homme sait dans sa chair et dans son quotidien ce que cela signifie, pour lui, d’être contraint et limité par la nuit dans laquelle il est plongé depuis toujours, et ce bien malgré lui.
   Et là aussi, Jésus va le délivrer, le guérir. Et il le fait par un acte déconcertant, dès lors qu’il applique de la boue faite à partir de sa salive et de la terre du sol; cette même terre qu’il avait caressée de ses doigts au chapitre précédent. 

     Il est nécessaire, voire essentiel, pour les croyants que nous sommes de nous rappeler qui est alors Jésus, le Christ. D’où il vient et quelle est sa nature céleste, divine qui éclaire à ce point notre identité profonde. On relira avec intérêt le prologue de Jean qui parle lui aussi de Jésus, Parole de Dieu faite chaire, comme de la Lumière du monde : “La Parole était la vraie lumière, qui en venant dans le monde, illumine tout homme.”  (1,9).
   Si les plantes ont besoin de la lumière du soleil pour produire la photosynthèse, nous avons nous aussi à plus forte raison besoin de cette Lumière qui vient de Dieu, qui vient du Ciel. Non pas une lumière électrifiée, que d’aucun peuvent couper à tout instant parce qu’ils en ont le pouvoir et la mainmise.
   Besoin de cette Lumière qui vient de Dieu, dis-je. Cette Lumière n’est pas celle des philosophes du siècle des  Lumières. Une lumière qui tend par trop à biaiser le regard porté sur le sacré, dès lors qu’elle considère, d’emblée et sans autres formes de procès, la transcendance comme quelque chose de suspect. N’est-il pas étrange d’ailleurs, de voir cette attitude érigée en postulat, en dogme presque, que l’on ne saurait remettre en question.

   La lumière dont nous avons fondamentalement besoin est cette Lumière du Christ, qui dès le premier matin du monde et jusque dans l’au-delà de nos vies, nous fait vivre et nous transfigure. Une Lumière qui éclaire nos chemins et évite que nous trébuchions dans l’obscurité, comme ce fut le cas pour la femme adultère et l’homme aveugle de naissance.
   Cependant il y a plus que cela. Et les Lumières du XVIIIe siècle ne l’avaient pas vu. Cette lumière dont nous avons besoin est de fait une Lumière qui nous élève à notre identité d’enfant de Dieu. Cela nous était d’ailleurs déjà rappelé dans le prologue de Jean, que nous avons mentionné précédemment : en effet, “la Parole qui est Lumière du Monde vient dans le monde”, était-il proclamé, et “à tous ceux qui l’accueillent” précise le texte, “il leur est donné le droit de devenir enfant de Dieu” (1,12).

   Oui, rappelons-nous que si notre intelligence éclairée peut nous aider à voir un peu plus clair dans les méandres du coeur humain, il n’en reste pas moins que seul le Christ, Fils de Dieu, l’Emmanuel, Dieu avec nous, peut opérer cette réelle mais non moins délicate opération consistant à nous former à son image, nous élever aux dimensions du Ciel et à faire de nous des enfants de Dieu.

Amen !