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Bientôt le soir, demain dimanche 20 juin

Après l’excursus de la semaine dernière à propos des images, revenons à nos Dix Paroles et approchons-nous de la deuxième qui nous est offerte et qui reste très proche de celle entendue il y a deux semaines, “Tu n’auras pas d’autres Dieu devant moi”. Ici, le Seigneur persiste et signe : “Il n’est pas question que tu te prosternes devant une quelconque image et représentation pour l’adorer et la servir !”
Paroles d’un autre temps diront certains. Et pourtant Dieu sait combien sont les tentations autour de nous qui monopolisent notre attention et nous détournent de l’essentiel. Par sottise ou par peur de se sentir seul abandonné au monde, il est vite fait de s’attacher à ce que l’on croit être des valeurs sûres, oubliant alors de marcher avec confiance à la suite du Tout Autre.

   “Tu ne te feras pas de sculptures sacrées, ni de représentations de ce qui est en haut dans le ciel, en bas sur la terre et dans l’eau plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles et tu ne les serviras pas, car moi, l’Eternel ton Dieu, je suis un Dieu jaloux.” Voilà cette deuxième parole du Décalogue. Il ne s’agit pas, vous l’avez entendu, de se faire une image ou une représentation de Dieu, telle une statue de Zeus pour les Grecs. Ce n’est pas ce que nous dit le texte.
   Ici, il ne s’agit pas seulement de résister à la tentation de chosifier Dieu et donc – comme nous l’avons dit la semaine dernière – de le rendre inefficace, inopérant, parce qu’on aurait mis la main sur Lui et qu’on l’aurait assigné à résidence. Il s’agit ici de résister à cette autre tentation : celle de se construire de fausses sécurités.
   On a vite fait de prendre Dieu pour un sympathique doudou. Comme le doudou d’un enfant, Dieu serait un objet transitionnel pour calmer l’angoisse et la crainte de la mort, de la nuit, de l’abandon, Un doudou qu’on affectionnerait particulièrement, dont on prendrait soin, qu’on éviterait à la limite de trop ripoliner et nettoyer parce qu’il pourrait perdre pas son odeur … ou plutôt  notre propre odeur dont nous l’avons imprégner avec le temps. Et puis, un doudou qu’on finirait un jour ou l’autre par déposer dans un coffre à souvenirs, une fois devenu enfin adulte ….

   Tu ne te feras pas de sculptures sacrées à partir des choses du ciel, des choses de la terre, ou des choses de la mer. Autrement dit : “Tu n’utiliseras pas les choses de la nature qui t’environnent pour en faire des images et des sculptures devant qui te prosterner.”
   Le Seigneur des Dix paroles, le Dieu de l’Alliance et de l’Histoire est un Dieu qui nous met en garde contre le risque d’ériger des artifices autour de nous, pour occuper toute notre attention et la détourner loin de l’essentiel. Adorer la création, à travers la représentation toujours partielle et partiale que l’on s’en fait, revient à détourner le regard loin du Créateur et Maître de l’espace et du temps. 

   Oui, chers amis, il est une loi qui traverse les siècles : L’être humain s’appauvrit lui-même, dès lors qu’il livre son âme à ce qui n’est que le pâle reflet de la grâce divine. Dès lors qu’il expose et livre son âme à ce qui, tout comme lui, a besoin du souffle de Vie pour vivre et respirer. A ce qui n’est justement pas la source ni l’origine de la vie, mais simplement réceptacle de la grâce divine.
   Le créateur, dispensateur de vie, ne peut et ne doit en aucun cas être confondu avec quelque créature que ce soit, objet de la nature ou objet-oeuvre de nos mains. La Lune ne peut se prendre pour le Soleil !
 
   Se prosterner devant ces sculptures faites à partir de représentations du créé … cela pourrait paraître révolu voire farfelu comme idée. Le monde d’aujourd’hui n’est pourtant pas en reste et il ajoute sans gêne une couche à cette idolâtrie quasi naturelle.
   En effet, s’il y a bien des hommes et des femmes qui continuent aujourd’hui à vénérer des arbres ou des pierres ou des représentations plastiques du monde visible et invisible, l’homme moderne s’est taillé de nouvelles idoles, de nouvelles sculptures devant lesquelles il se prosterne sans vergogne : je nomme notamment: les technologies de l’information, les supports de communication (nos ordinateurs et surtout nos téléphones portables), la mode et le paraître, sans oublier le monde de la pharma. On y va de son discours adulé, de son langage parfois religieux, pour ne pas parler carrément du rapport compulsif que l’on entretient avec ces artéfacts.

   Il y a un réel danger à procéder de la sorte, à savoir à faire de ces artefacts et autres artifices des objets quasi de vénération et d’attention. Non seulement, on perd son temps à se prosterner devant de telles idoles, sans âme et sans corps. Mais on finit de surcroît par perdre soi-même son âme.
   A force de s’imprégner de ces images-idoles, qui ne nous correspondent fondamentalement pas, à force de se prosterner devant elles et se rendre servile et bon public, pour ne pas dire bons consommateurs, on finit par se laisser imprégner par la force qu’elles recèlent, par leur ADN presque. Car que veut dire spirituellement se prosterner devant une chose ou quelqu’un, et la servir, sinon chercher à s’imprégner justement de cette force vitale qui l’habite et la représente ? 

   De qui alors est-ce que je dépends ? De quelles fibres, mon être et mon âme sont-ils ainsi tissés ? Certainement pas de la création autour de moi, et encore moins de ces objets manufacturés que l’on fait miroiter devant moi pour me séduire ! Mais de Dieu seul !  Amen!