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Bientôt le soir, demain dimanche 28 février

Berger. Avec ce quatrième « Je Suis” de Jésus, nous approchons à la fois le plus connu mais peut-être le plus risqué des sept “Je Suis”. Je suis le bon Berger (Jean 10,14)  dit Jésus, le rabbi de Nazareth, mais bien plus encore le Christ et Seigneur, celui qui connaît le chemin vers les pâturages éternels et transcende et transfigure nos parcours de vie.
L’image du Berger souffre probablement de l’image d’épinal, un brin bucolique, qui émeut et réchauffe les cœurs en mal de sentimentalisme romantique. Mais celle-ci ne doit pas nous faire perdre de vue l’engagement quasi sacrificiel et combatif du Berger, celui qui défend son troupeau et l’arrache des griffes des bêtes sauvages s’il le faut, en prenant le risque d’y laisser lui-même sa peau. Tant pour le berger que pour les brebis, la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

   ”Je suis le bon Berger”, dit Jésus. L’image du bon berger est connue par des générations de croyants à travers plus de 3’000 ans d’histoire. Le premier modèle de berger, c’est d’abord David, fils de Jessé, petit gardien de troupeau. David, que le prêtre Samuel va oindre pour devenir le Grand Roi d’Israël.
   On se souviendra des exploits de David, alors qu’il n’est qu’un jeune garçon. Il sait, lui, ce que signifie sauver un mouton des griffes des lions; habile de ses mains, courageux, il finit même par terrasser le géant Goliath, ce philistin superbe et orgueilleux, venu défier le Seigneur, le Dieu d’Israël.

   Depuis le début du chapitre 10 de l’évangile de Jean, Jésus fait référence à la vie champêtre des bergers. Alors on pourra y voir un beau clin d’œil à David son ancêtre, le Roi; certes. Et il y a bien quelque chose de cela.
   On se souviendra néanmoins que les bergers n’avaient pas bonne presse au temps de Jésus. La société d’alors les considérait comme des parias, presque des intouchables; en effet, parce qu’ils étaient si souvent exposés au sang des bêtes, les bergers étaient, en pratique, impurs du lundi au dimanche, et toutes les semaines de l’année. Cela avait bien sûr pour conséquence de les mettre à part de la vie du temple et de fil en aiguille de toute la société d’alors. On se méfiait d’eux.

   L’image du berger n’est donc pas une image gentillette et bucolique, une image d’épinal qui d’ailleurs n’émeut plus personne. Une telle image pourrait au contraire réfreiner nos ardeurs, d’autant plus que personne ne veut vraiment être des moutons bêlants, à la solde de dirigeants fous furieux, en tant soi peu mégalomanes, ou carrément pervers narcissiques.

   C’est probablement la raison pour laquelle, lorsque Jésus parle de lui comme d’un berger, il précise qu’il est le BON berger, littéralement : le berger, le bon ! Petite subtilité de syntaxe, mais qui a ici tout son poids. En effet, il n’est pas un berger quelconque, simple fonctionnaire, distant et peu concerné. Jésus fait partie de ces bergers sérieux – et il en connaît, ne serait-ce que ceux qui sont venus le saluer à sa naissance …  Oui, il fait partie de ces bergers sérieux, disions-nous, de ces bergers qui savent se sacrifier et tout perdre pour le bien être de leur troupeau.

   J’aime penser pour ma part au Christ, bon berger. Non seulement un berger en train d’épouiller les brebis de leurs poux, ou les menant paisiblement dans des pâturages verdoyants. Mais aussi, un berger, un tout bon, un berger sérieux, compétent, qui plus est, est plein de bonté et de douceur. Un berger qui prend ainsi ma défense, qui combat à mes côtés pour ma cause et m’arrache des griffes des bêtes sauvages.

   Il restera à savoir en fin de compte, comment le croyant que je suis est disposé à mettre sa foi et sa confiance en ce berger, surtout lorsque celui-ci, le berger, le bon, m’alerte et me fait passer tous les voyants à l’orange, voire au rouge, m’invitant à plus d’attention, à plus de vigilance.
   Serai-je alors le croyant têtu et borné, qui n’en veut faire qu’à sa tête ? Ou consentirai-je plutôt à plier le genou, pour Lui laisser toute la place et Le laisser lui-même entrer en action par son Esprit Saint ?
   Car il ne suffit pas, voyez-vous, d’avoir un berger, un tout bon. Encore faut-il accepter d’être à son écoute et le laisser faire son travail. Accepter somme toute que nous ne sommes pas les seuls maîtres à bord dans nos vies, et qu’il n’y a rien d’humiliant, ni de dévalorisant, à laisser un plus grand que soi nous montrer les chemins de la vie, la vraie !

  Que le Christ, dans sa bonté, garde nos cœurs et nos pensées dans sa Paix. Que Son Esprit illumine pour nous les sentiers qui nous conduiront à la vie en plénitude, et ce jusque dans notre éternité.

Amen